Aéromédecine



L'Aptitude physique et mentale du pilote
Vigilance, sommeil, fatigue, stress
La fiabilité humaine et les erreurs humaines
Deux types de certificats médicaux peuvent être délivrés aux naviguants :
| Type du certificat médical | Aptitude donnée | Lieux de délivrement | Durée de validité |
| Certificat médical d’aptitude de classe 1 | Pilote de ligne | Centres d’Expertise Médicale du Personnel Naviguant (C.E.M.P.N) | 1 an, sauf pour les détenteurs ayant quarante ans et plus à la date de délivrance du certificat. Six mois pour les détenteurs ayant quarante ans et plus. |
| Certificat médical d’aptitude de classe 2 | Pilote privé | C.E.M.P.N ou médecins agréés | 2 ans, sauf pour les détenteurs ayant quarante ans et plus à la date de délivrance du certificat. 1 an pour les détenteurs ayant quarante ans et plus. |
Pour obtenir son certificat, le pilote doit :
Si la cause d’inaptitude n’éloigne pas trop le pilote des normes prévues par la réglementation, il est possible de faire une demande de dérogation auprès du Conseil Médical de l’Aéronautique Civile. Il faut pour cela remplir un formulaire à l’aide de son médecin agréé aéronautique.
L’éventuelle dérogation pourra être assorti de restrictions telles que la présence obligatoire d’un deuxième pilote qualifié sur le type d’appareil, le vol de nuit exclu, la surveillance médicale rapprochée…
Lorsque l'altitude augmente, la pression atmosphérique et la température diminuent.
Quand la pression atmosphérique diminue, l'apport d'oxygène aux tissus diminue, constituant ce que l'on appelle l'hypoxie. Ce phénomène dépend de 3 facteurs :
Il faut également savoir que :
Le comportement induit évoque une intoxication alcoolique : euphorie, altération du jugement, troubles de la mémoire. On constate également une augmentation des fréquences cardiaques et respiratoires.
Altitude (ft) |
Signes cliniques |
4500 |
début des manifestations pour les individus atteints d'insuffisance respiratoire ou de pathologies cardiaques |
12000 |
maux de tête, fatigue |
18000 |
maux de tête, somnolence, perturbations visuelles, troubles du comportement, perte de coordination |
22000 |
palpitations, hyperventilation, collapsus, perte de conscience |
25000 |
convulsions, collapsus |
Au delà de 12 500 ft, il est nécessaire de pressuriser l'avion ou d'utiliser un masque à oxygène.
Durée pendant laquelle un individu conserve ses facultés mentales. Il est d'environ 2 minutes à 25 000 ft en cas de décompression explosive. Il faut alors effectuer une descente rapide vers un niveau inférieur à 10 000 pieds.
Cas des pilotes de planeur : ils volent souvent plusieurs heures à altitude élevée (entre 1 500 et 3 500 m) dans une atmosphère turbulente et sous une verrière surchauffée. L’hypoxie s’ajoute alors à la fatigue et à la déshydratation et leurs performances mentales s'en trouvent affectées.
Incidents physiologiques provoqués par une expansion des gaz présents dans les cavités corporelles du fait de la baisse de la pression atmosphérique. Ils peuvent concerner différents organes (oreille externe, moyenne ou interne, dents, sinus, tube digestif) et ont pour seul remède la descente. Il est important que le pilote qui veut effectuer un vol à haute altitude ne souffre pas à ce moment-là d'otite ou de sinusite et qu'il n'ait pas non plus une carie dentaire avec abcès en formation.
Au début, sous l'effet de la peur, la respiration s'accélère (faisant baisser anormalement le taux du gaz carbonique du sang) et le pilote est couvert de sueurs. Il peut également sentir des fourmillements au niveau des doigts et des orteils, des étourdissements passagers, des nausées. Le rythme cardiaque s'accélère et des troubles de la vue peuvent apparaître : l'hyperventilation peut même aboutir à une perte de conscience.
Il faut essayer de diminuer volontairement l'amplitude et la fréquence des mouvements respiratoires et garder à l'esprit que la pratique du vol et la confiance en soi rendent de plus en plus improbables les accidents par hyperventilation.
Axe de l'accélération |
Type des accélérations |
avant arrière |
longitudinales et angulaires en roulis |
droite-gauche |
latérales et angulaires en tangage |
tête-pied |
radiales et angulaires en lacet |
Facteur de charge positif : augmente la pression sanguine au-dessus du coeur et la diminue au-dessus
Facteur de charge négatif : provoque un afflux de sang vers le cerveau
Nombre de G |
Signes cliniques |
+ 2G |
sensation de compression, tête et membres lourds, mobilité réduite |
+ 3G |
sensations précédentes accentuées, augmentation des fréquences cardiaques et respiratoires |
+ 4G |
perte de la vision périphérique, altération de la vision centrale (voile gris) |
+ 5G |
perte de la vision centrale |
Accommodation : procédé permettant au système visuel de s'adapter à la lumière ambiante et de s'orienter automatiquement pour la poursuite d'une cible ou le suivi du circuit visuel. Ce dispositif optique forme une image plane sur la rétine. A la surface de la rétine se trouve 2 types de cellules photosensibles :
La vision comporte plusieurs champs concentriques qui remplissent des fonctions différentes. Seule la vision centrale est capable de percevoir les détails fins de l'environnement et les couleurs. Elle couvre un champ très restreint. Au centre de ce champ se trouve l'acuité visuelle maximum. En vol, le pilote doit effectuer un balayage permanent à l'aide de sa vision centrale.
L'acuité visuelle (taille angulaire du plus petit détail perceptible) baisse avec l'age (1/10 tous les ans à partir de 50 ans) et certaines maladies (diabète). Elle dépend du contraste de luminosité et de couleur entre l'objet et le fond.
La vision périphérique est spécialisée dans la perception des mouvements et des contrastes. Elle ne permet pas de percevoir les détails ou les couleurs, mais va permettre d'attirer l'attention sur ce qui se passe en bordure du champ visuel : le sujet tournera alors son regard vers la perturbation pour regarder en vision centrale. Le mouvement ou le changement de contraste sont donc nécessaires pour attirer l'attention. La vision périphérique sert également de référence d'horizontalité. Elle est la première à se dégrader en cas de facteur de charge élevé, sous l'effet de l'hypoxie ou de la fatigue.
La vision du relief et de la profondeur est créée par le cerveau à l'aide des différentes composantes de la vision (centrale, périphérique, ...) et en les mélangeant à des informations issues des autres sens (équilibration) et de la mémoire.
La référence verticale est fournie par l'appareil vestibulaire situé dans l'oreille. Celui-ci comprend des détecteurs d'accélération qui ne de perçoivent que les accélérations qui dépassent un certain seuil.
Faculté d'entendre certaines vibrations. Ces vibrations sont concentrées par le pavillon de l'oreille externe, excitent une membrane mince, le
Gamme de fréquence sonore : 50 à 16000 Hz environ. Une exposition à une énergie sonore très élevée endommage la cochlée et peut provoquer une perte irréversible de la performance auditive.
Informations fournies au cerveau (position des membres, efforts musculaires, accélérations subies, ...) par les détecteurs nerveux situés sur les muscles, tendons, articulations, la peau.
Dans le cas du vol aux instruments peut se produire une illusion résultant de l'interaction entre le système vestibulaire et le système visuel. La règle de base consiste à croire ce que disent les instruments. Quelques exemples :
Les effets de l'alcool sont amplifiés par l'altitude : augmentation du temps de réflexion, altération des capacités de jugement, perturbation de l'appréciation des risques, aggravation des illusions sensorielles.
Il faut prendre une alimentation équilibrée avant de voler, incluant des sucres lents (pâtes, céréales), des protides et des lipides en petite quantité (fromage, jambon, oeufs). Il faut éviter de ne consommer que des sucres rapides afin de ne pas se retrouver en hypoglycémie et ne pas sauter de repas, principalement le petit déjeuner. Ce dernier sera nourrissant mais limité en corps gras. Le déjeuner sera avancé vers 11 heures et sera suffisamment léger pour que la digestion n'engourdisse pas trop le pilote durant le vol. Le soir, le menu sera libre et copieux dans la mesure où il ne perturbera pas le sommeil.
Les problèmes de froid concernent surtout les vols d'altitude et les vols d'hiver. Ils peuvent aussi se poser en demi-saison ou en été si l'air est frais, surtout si l'on a négligé de prendre un vêtement chaud. Faciliter la circulation en portant des vêtements amples, particulièrement pour les chaussures et les gants.
La transpiration entraîne une déshydratation parfois aiguë avec pour symptôme la soif, la sécheresse des muqueuses, les crampes musculaires, les vertiges.
On peut également souffrir de la chaleur en attendant longtemps le décollage dans une cabine exposé au soleil. Il est possible d'éviter cela en se mettant à l'ombre, sous l'aile de l'avion par exemple et en se s'installant à bord que quelques minutes avant le départ. En période chaude, emporter une boisson qui réhydratera en vol.
Les risques d'aéroembolisme de remontée peuvent se cumuler avec l'expansion des gaz dus à l'altitude et provoquer des accidents extrêmement graves. Pour les éviter, il faut ménager une douzaine d'heures de délai entre une plongée et un vol. Ce délai doit même être porté à 24 heures si la plongée a nécessité des paliers.
Nous comparons en permanence le résultat de nos perceptions avec un résultat attendu : nous filtrons les informations. Le pilote utilise 3 sortes d'informations :
Ces outils sont stockés dans la mémoire à long terme. Sa capacité et sa durée sont pratiquement illimitées, mais son temps d'accès est long.
La mémoire à court terme est une sorte de mémoire tampon dans laquelle nous stockons les informations nécessaires à l'action immédiate. Sa capacité (8 item environ) et sa durée (une dizaine de seconde) sont limitées : il faut noter les clairances du contrôle par écrit. Par contre, son temps d'accès est quasiment instantané.
Les capacités d'attention sont limitées par la capacité de traitement d'information du cerveau. Si la charge de travail (proportion de la capacité totale d'attention effectivement engagée sur une période donnée) est trop importante, les ressources mentales peuvent être saturées. A l'inverse, si elle diminue trop, la vigilance va baisser, donc les performances.
Il existe plusieurs types de raisonnement :
Pour réguler sa charge de travail, le pilote va utiliser 3 outils :
En vol, le pilote doit prendre des décisions rapidement, et ces décisions sont souvent irréversibles. La prise de décision se passe de la façon suivante :
Le pilote s'écarte généralement de ce processus idéal car il :
Ces biais présentent des risques pour la sécurité mais permettent au pilote d'économiser des ressources. De plus, le pilote expert sera capable de trier les informations grâce à son expérience et d'obtenir ainsi des décisions rapides et souples.
Il existe deux sortes de risques :
Les stratégies de décisions oscillent entre :
La motivation peut également jouer un rôle très important dans la prise de décision (obstination à poursuivre le vol malgré les évidences).
En résumé, il faut préparer, ses vols et anticiper.
Le sommeil comporte plusieurs stades :
Le sommeil est caractérisé par une succession de 4 à 6 cycles comprenant un sommeil profond, puis un stade transitoire ou l'éveil. Ces cycles durent de une heure et demi à deux heures. En seconde partie de nuit, les cycles comprennent de plus en plus d'épisodes de sommeil paradoxal.
Le besoin en sommeil est un donnée génétique individuelle. Chez les personnes âgées, il est plus léger et s'accompagne de nombreux réveils nocturnes.
Le manque de sommeil est dangereux pour le pilote. Il provoque une sensation de fatigue physique, des troubles de l'attention, une vulnérabilité aux illusions sensorielles (plus particulièrement en vol de nuit ou aux instruments), rend irritable et agressif.
La vigilance varie de manière cyclique, sur une période de 24 heures (rythme circadien) :
La fatigue peut être d'ordre physique, psychologique, ou les deux. Elle peut même apparaître en l'absence d'activité : la performance se dégrade au-delà de 8 heures d'activité, et d'une façon plus accentuée au delà de 12 heures d'éveil. Les effets de la fatigue se cumule avec ceux du rythme circadien.
Le stress est à l'origine un mécanisme d'adaptation. Il permet à l'être vivant de mobiliser de l'énergie afin de pouvoir combattre ou fuir. Le stress peut être déclenché par plusieurs facteurs : les agressions physiologiques, les situations ou compétences inadaptées, les changements dans le quotidien, l'anxiété (capacité à imaginer des risques à venir).
Le stress évolue par phase :
Le stress augmente les performances des activités physiques, mais a des effets nettement négatifs sur les fonctions faisant appel aux ressources mentales : la pensée devient réductrice, le comportement est hyperactif, il y a régression vers les acquis les plus anciens. Certains individus sous l'effet du stress deviennent agressifs, d'autres au contraire sont totalement passifs.
Afin de limiter le stress, le pilote doit : préparer ses vols, adapter la difficulté à ses compétences, s'entraîner régulièrement et ne pas voler en cas de problèmes physiques (fatigue, manque de sommeil), familiaux ou professionnels importants. Si, malgré tout, le pilote se retrouvait en situation de stress, il lui est conseillé de : contrôler sa respiration, faire simple, demander de l'aide (radio).
Les erreurs ne sont pas des anomalies de fonctionnement mental, mais une conséquence de nos capacités mentales et de notre intelligence.
Un élément très important est l'effet particulièrement négatif de la pression du temps sur la fiabilité humaine.
Paradoxalement, les erreurs ont un effet positif sur la sécurité, car elles augmentent les marges de sécurités et régulent le niveau d'attention et le degré de surveillance. A plus long terme, elles constituent une composante incontournable de l'apprentissage grâce à la mémorisation..
Il y a 3 grandes familles d'erreur :
Dans ce genre d'erreur, il y a non conformité globale, mais des points d'ancrage conformes à la réalité, perçus comme des anomalies et que le pilote cherche à réinterpréter.